dimanche 12 janvier 2014

Revue de presse # 1 : Les dernières folies des riches

Extraits résumés du dossier « Les dernières folies des riches », L’Express, n°3262, semaine du 8 au 14 janvier 2014, p. 28 à 50.


Le nombre de riches ne cesse d’augmenter, tout comme leur fortune. De fait, ils ont transformés de fond en comble le marché du luxe avec cette grande question : que peut-on s’offrir quand on a déjà tout ? Ou presque… ? Car tel est le nouveau défi du marché du luxe: montrer aux ultra-riches qu’ils ne possèdent pas tout, loin de là. Et pour ce faire, rien, absolument rien, n’est trop beau.

Le marché du luxe a explosé ces dernières années : Louis Vuitton (fondée en 1854) pesait environ 10 millions d’euros de chiffre d’affaire à la fin des années 1970 contre plus de 7 milliards aujourd’hui.
L’offre de luxe ne cesse de s’étoffer, notamment avec la naissance d’acteurs venus des pays émergents comme Shang Xia en Chine.
La population du « Richistan » est en hausse constante, comme sa fortune et sa volonté de dominer. En 2013, on comptait 2 170 milliardaires en dollars (un record) et 13,8 millions de millionnaires.



Que peuvent donc bien offrir le marché du luxe à ces ultra-riches ?

La réponse tient en un mot : l’exclusivité. Et ce, plus en matière d’expériences que de biens. Dans Le Nouveau Luxe, le philosophe Yves MICHAUD déclare ainsi « la consommation de luxe consisterait moins à acquérir et s’approprier des objets qu’à se procurer et vivre des expériences ». Et bien sûr, ces expériences se doivent d’être exceptionnelles : transformer les paysages néo-zélandais en green, privatiser un temple cambodgien, s’envoler dans l’espace, plonger au-dessus de l’espace du Titanic ou dans l’océan Antarctique avec une équipe de caméramans pour être réellement le héros de son propre film, etc.
Neiman Marcus, premier distributeur américain de produits de luxe, a par exemple classé ses clients selon six niveaux de fidélité. Les happy few de la plus haute tranche ayant la particularité de dépenser au moins 600 000 dollars par an. De son côté, le joailler JAR, fondé par un américain fils d’un postier et d’une enseignante, ne dispose que d’un unique point de vente place Vendôme. Pour y accéder, deux solutions. Être parrainé par un client (milliardaires, show bizz, têtes couronnées) ou posséder un nom d’exception (Rotschild, etc.).

Pour Nathalie Remy, directrice associée chez McKinsey & Company, « Ce luxe d’expériences est le signe d’une certaine maturité du marché. Désormais, le luxe, c’est aussi ce qui touche au bien-être personnel. » Au point que certains cherchent aujourd’hui non plus à repousser la mort grâce à la science, mais bien à la vaincre par la science.


Des voyages taillés sur démesure

·      Ceux qui pèsent plus de 30 millions de dollars de patrimoine sont dénommés les UHNWI (Ultra-High Net Worth Individuals).
·      Ils dépensent chaque année 4 milliards de dollars dans des expériences de voyages.
·      Pour repousser toujours plus loin les limites de l’imaginable et surprendre leurs clients, les agences les interrogent longuement, ainsi que leur entourage, assistants, etc. Même les nounous des enfants ont leur mot à dire ! Objectif : recueillir le plus d’informations possibles, et éviter à tout prix l’erreur de diagnostic.
·      Les deux tendances du moment ? Privatiser un espace ou un monument (la tour Eiffel par exemple) et partager quelques heures avec une personnalité ou un expert (un scientifique, un moine tibétain, etc.).
·      Dans les limites de la légalité, rien n’est impossible à concevoir pour ces nantis.
·      La clé de voute de ce dispositif : le personnel en contact avec le client. En un exemple : le guide qui vous fait croire que vous êtes perdus, pour vous faire traverser un buisson derrière lequel se trouve une table digne d’un grand restaurant.

Quelques exemples pour rêver :

·      6 kilomètres de routes rénovés en Colombie pour un passionné de cyclisme,
·      Un sauna à 4 000 mètres d’altitudes en pleine steppe kazakhe qui vous attend après l’ascension,
·      Rallie dans le désert avec chaque soir un repas servi par un chef étoilé héliporté sur le camp pour le dîner
·      Jeu d’échec dont les pièces sont sculptés dans de l’ivoire de mammouth vieux de 40 000 ans
·      etc.


Extraits de Pourquoi les riches ont gagné et interview de Jean-Louis SERVAN-SCHREIBER

Bio express : JLSS est le fondateur de L’Expansion (1967), de L’Entreprise, Radio Classique, Psychologie Magazine, et L’Express (avec son frère Jean-Jacques).

Le constat du livre est simple : la surexposition médiatique de la crise et l’appauvrissement massif d’une partie de la population mondiale fait oublier qu’à l’autre bout du spectre, les riches sont de plus en plus riches, et de plus en plus nombreux, creusant les inégalités et menaçant les sociétés obsédées par l’égalité.

Pourquoi un tel succès des riches ?
·      Parce que l’argent est abondant sur la planète et que notre société exacerbe l’individualisme. Or les riches se trouvent à la croisée de ces deux chemins.
·      Parce qu’ils ne connaissent aucune frontières.
·      Parce que l’égalitarisme se concentre aujourd’hui plus sur l’égalité des chances que de revenus.
·      Parce qu’il n’y a plus d’idéologie antiriche.
·      Parce que politiquement, les riches sont passés de classe honnie à acteurs sociaux puissants au service du libéralisme. En outre, les hommes politiques ne peuvent s’opposer à eux du fait de la connivence qu’ils entretiennent avec eux, et car ils cherchent à lutter contre le chômage. Or, seuls les riches créent des emplois. Et ils n’hésitent plus aujourd’hui à s’opposer aux pouvoirs publics.
·      Parce que le pouvoir d’informer est tombé entre leurs mains.

Citations choisies :
·      « En majorité, ce ne sont pas des nantis paresseux ni des parasites de la modernité. »
·      « Le libéralisme est à la fois décrié et triomphant. Il déchaîne les polémiques, mais il n’a aucun adversaire frontal. Personne n’a, mondialement, de doctrine crédible à lui substituer. Les débats actuels se limitent aux moyens d’en atténuer les effets sociaux, quelquefois dévastateurs. »
·      « Partout dans le monde, le seul adversaire des riches est la fiscalité. »
·      « Les riches sont à l’aise avec l’idéologie dominante, la leur. »
·      « Seuls les riches ont un pouvoir mondial. »
·      « Les riches détiennent le pouvoir essentiel, celui de l’argent. Le reste suit. »

Interview de JLSS
·      « Les gouvernements n’ont plus de pouvoir, même s’ils le symbolisent. »
·      Si les riches contrôlent de nombreux médias, ils n’ont en revanche pas la main sur internet.


Milliardaires for ever !

Le désir d’immortalité n’est pas nouveau, que ce soit parmi les riches ou les petites gens. Ce qui a néanmoins évolué, c’est son prix, et ce grâce à la science.

Le matérialisme a pris le pas sur la spiritualité. De nos jours, l’Homme ne cherche plus à accéder à l’immortalité par la vertu ou en accomplissant de hauts-faits, mais par la conservation de son corps par delà les siècles.
La tendance à la mode ? La cryogénisation. Comptez 146 000 euros pour votre corps ou votre cerveau. Il est évident qu’on ne peut actuellement rien en faire, mais toute cette industrie repose sur l’espoir qu’un jour, on pourra réveiller ces nantis d’hier et d’aujourd’hui.

Pour finir cette revue de presse et clore ce dossier, une petite phrase de l’informaticien et chercheur en biotechnologies anglais Aubrey de Grey : « La première personne à vivre mille ans est déjà née. »



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